26 janvier 2026
La Forêt de Grand Orient est une forêt de 550 ha, située au cœur du Massif d’Orient. Elle est propriété du Conservatoire du littoral, et cogérée par le Parc naturel régional de la Forêt d’Orient (PNRFO) et l’Office national des Forêts (ONF). Dans le cadre du renouvellement de son Plan de Gestion Écologique (PGE), une évaluation de l’état de conservation des habitats forestiers a été réalisée au cours de l’année 2025.
Un Plan de Gestion Écologique, c’est quoi ?
Un Plan de Gestion Écologique (PGE) est un document stratégique qui définit, pour un espace naturel protégé, une vision à long terme et une programmation opérationnelle sur une période d’environ 10 ans. Il permet notamment au gestionnaire, ici le PNRFO, de planifier des opérations cohérentes pour préserver le site.
Pour mener à bien cette évaluation, deux agents du Parc et deux agents de l’ONF ont sillonné la forêt afin de mesurer divers aspects de son fonctionnement : ils ont par exemple comptabilisé le nombre de bois mort, la densité d’arbres sur pied ou encore le nombre de dendro-micro-habitats (petits habitats présents dans les arbres et favorables au développement d’autres espèces (oiseaux, insectes, champignons…), par exemple des cavités).
La méthode en détail : un travail par « placettes » et une mesure basée sur les critères du Muséum National d’Histoire Naturelle
Le secteur de la forêt de Grand Orient représente 550 ha. Comme il n’est pas envisageable de faire des mesures précises sur la totalité de la forêt, les gestionnaires ont eu recours à un réseau de placettes : des zones circulaires d’un rayon de 15 m et espacées de manière régulière.
C’est dans ces placettes que toutes les mesures ont été réalisées (voir carte 2). Pour des forestiers expérimentés, il faut compter environ 45 minutes pour faire l’ensemble des mesures d’une placette. Au total, 102 placettes ont été échantillonnées pour faire l’évaluation.
La méthode utilisée pour calculer le score d’état de conservation pour chaque habitat est celle du Service Patrimoine Naturel du Muséum National d’Histoire Naturelle. Via cette méthode, chaque habitat évalué a une note initiale de 100 et cette note est dégradée lorsque l’on constate un problème.
Le score peut donc aller de 112 (aucun problème constaté et ajout de certains bonus) jusqu’à la note minimale : -82. Au sein de cet intervalle, on distingue 3 états différents :
- En dessous de 40, l’état de conservation est dit dégradé ou défavorable ;
- Entre 40 et 70, l’état de conservation est altéré ;
- Au-dessus de 70, l’état de conservation est favorable.
Les résultats : un état de conservation à améliorer, mais des perspectives encourageantes
Le score d’état de conservation est de 69.1 pour l’habitat majoritaire (figure 1). Les autres habitats ont un score semblable. Ils sont donc dans un état de conservation altéré. Il est toutefois très proche du seuil de l’état favorable. Ainsi, peu d’efforts permettraient d’amener les habitats dans cet état cible. Par ailleurs, il convient de souligner qu’il s’agit d’un score encourageant pour une forêt exploitée pour le bois et très fréquentée par le public.
L’étude a permis d’identifier les freins à l’atteinte d’un état de conservation favorable (figure 2) :
- Le manque de bois mort
Le bois mort est une composante essentielle de la forêt car il fait office d’habitat pour de nombreuses espèces et constitue une ressource alimentaire précieuse pour les espèces saproxyliques (impliquées dans le processus de décomposition du bois). Enfin, la dégradation du bois mort permet de renouveler les nutriments dans le sol et d’améliorer sa fertilité.
Avant l’acquisition de la forêt de Grand Orient par le Conservatoire du littoral, la pratique forestière majoritairement mise en œuvre impliquait le prélèvement des bois malades ou morts, ce qui explique sa faible présence aujourd’hui. Actuellement, les mesures de gestion permettent de laisser une partie du bois mort sur place. De ce fait, le nombre de bois mort devrait progressivement augmenter et mener, à terme, à une augmentation du score d’état de conservation.
2. Une dynamique de renouvellement altérée
La forêt a du mal à se régénérer, et l’un des facteurs qui explique ce phénomène est l’abondance d’ongulés sur le territoire (sangliers, cervidés…), qui consomment les jeunes pousses et retournent les sols. Des mesures ont été mises en place à l’échelle du massif pour améliorer l’équilibre forêt-ongulés mais la problématique subsiste pour le moment.
3. Des atteintes au sol du fait de l’exploitation forestière, mais sur une emprise limitée
L’exploitation forestière n’est pas sans impact sur les sols forestiers. En particulier, les engins transportant le bois depuis l’intérieur de la parcelle jusqu’à la zone de dépôt sont très lourds et tassent durablement les sols sensibles de la Champagne humide. Pour diminuer cet impact, les gestionnaires de la Forêt de Grand Orient exigent que les engins forestiers ne circulent que sur des chemins dédiés, appelés les cloisonnements, pour préserver le reste de la forêt.
Les cloisonnements permettent de minimiser l’impact global de l’exploitation forestière, mais le score d’état de conservation est tout de même affecté car ils demeurent, eux, particulièrement tassés.
Quelles suites ?
Grâce à la vaste campagne de mesures PSDRF (Programme de Suivi Dendrométrique des Réserves Forestières) dans les forêts du PNRFO et des 5 autres PNR du Grand Est, les notes obtenues dans la forêt de Grand Orient pourront être comparées à celles d’autres sites forestiers.
Enfin, dans le but de mesurer l’évolution de l’état de conservation des habitats dans la forêt de Grand Orient et de voir s’il s’est amélioré avec le temps, une nouvelle évaluation identique à celle réalisée ici sera effectuée en 2035.
Cet article a été rédigé par Hugo Tichit, stagiaire Forêt pour le PNRFO en 2025, après sa participation au processus d’évaluation de l’état de conservation des habitats forestiers majoritaires en forêt de Grand Orient.











