Sous les lignes à haute tension, les couloirs forestiers créés pour la sécurité électrique peuvent aussi devenir des refuges pour la biodiversité. Dans la Champagne humide, où les forêts dominent, ces zones ouvertes offrent des habitats précieux pour des espèces d’insectes, d’oiseaux ou de petits mammifères qui dépendent des milieux clairs.

Le site étudié se situe dans la forêt des Bas-Bois, à Rouilly-Sacey (Aube), au coeur du Parc naturel régional de la Forêt d’Orient. Ce secteur, classé Natura 2000 et reconnu pour sa richesse écologique, abrite une portion de 550 m de ligne électrique gérée par RTE. Depuis 2023, l’entretien du couvert végétal a évolué : les résidus du broyage sont désormais exportés afin d’éviter l’enrichissement du sol, ce qui devrait, à terme, favoriser les espèces végétales et animales spécialisées.

L’étude menée en avait trois objectifs : dresser un état des lieux de la flore et des insectes (papillons et criquets/sauterelles), évaluer les effets de la nouvelle gestion, et proposer des pistes d’amélioration.

Les relevés botaniques ont identifié 65 espèces de plantes, principalement communes, sans espèces rares ni envahissantes. La végétation reste globalement banale, conséquence de plusieurs années de gestion sans export de la matière végétale. Les zones herbacées humides régressent lentement au profit d’arbustes, notamment les saules.

Côté insectes, 20 espèces de papillons et 14 d’orthoptères ont été recensées. Parmi elles, certaines sont patrimoniales, comme le Cuivré des marais, espèce protégée en France, ou le Criquet des roseaux. La présence du Cuivré des marais, bien qu’occasionnelle, montre que la tranchée joue un rôle de corridor écologique, reliant différents sites favorables à sa reproduction.

Les communautés d’insectes sont typiques de milieux semi-ouverts, traduisant une mosaïque d’habitats encore fonctionnelle mais fragilisée.

L’étude recommande de poursuivre l’exportation des résidus de coupe, d’adopter une fauche tardive et sélective plutôt qu’un broyage uniforme, et de maintenir des zones refuges non coupées chaque année. Une opération de restauration est aussi proposée à l’est du site, avec arrachage des saules sur environ 5 000 m² pour rouvrir le milieu.

En conclusion, la tranchée de l’Apostole constitue un réservoir et un passage important pour la biodiversité, mais son potentiel reste sous-exploité. Des pratiques d’entretien plus fines et différenciées permettront de renforcer durablement sa valeur écologique.