Renaissance en Champagne



La Renaissance

Le duc de Bourgogne ravage la Champagne méridionale

1477, le terrible duc de Bourgogne, Charles le téméraire, grand duc d'Occident, meurt au pied des murailles de Nancy dévoré par les loups.. Auparavant, il avait envahi la Champagne et le roi de France en attaquant par le sud de l'actuel département de l'Aube avec la plus formidable armée alors jamais réunie. Le territoire est ravagé.

Un nouveau monde à rebâtir

Pour attirer les survivants et les émigrants d'autres régions, une mesure radicale est instaurée : l'abolition du servage.
Tout homme qui défriche une terre et reconstruit une maison est affranchi et pourra, selon le droit féodal, jouir de sa terre comme un locataire perpétuel pour lui et ses descendants jusqu'à la fin des temps.
Un engouement extraordinaire a lieu pendant un demi-siècle, comparable à ce qui s'est passé aux Etats-Unis durant le XIXe siècle. Chacun s'entraide et reconstruit à l'alignement de la rue nouvellement tracée sa maison de bois selon un modèle identique : la longère, une longue maison qui sert de logis, de grange, et d'étable avec un long toit qui descend presque au sol du côté de la pluie dominante.
Mais pour avoir les fonds nécessaires à cette reconstruction, défricher des terres redevenues sauvages après 150 ans d'abandons, il faut des fonds.
Les riches marchands de Troyes et leurs cousins les riches ecclésiastiques urbains prêtent ses fonds contre une partie des futures récoltes, à perpétuité !

Des efforts bien mal récompensés

Ces riches marchands accapareront les terres en manipulant la monnaie pour ruiner leur créancier entre 1550 et 1574. La paysannerie ruinée devra leur remettre leurs terres et les anciens hommes libres ne seront plus que des ouvriers agricoles.
La population s'effondrera, elle ne retrouvera une petite richesse que vers 1770 qui verra la construction des grosses granges carrées, les longères seront alors transformées en maison d'habitations complètes restaurées avec des briques.
En 1880, la population croîtra de nouveau et les constructions en briques s'intercaleront entre les longères. Cette population de pionnier bien mal récompensée de ces efforts vivait à la Renaissance mais avait gardé une vision du monde très médiévale issue de sa longue survie dans la forêt durant les guerres.
Elle nous a laissé ce patrimoine architectural rural exemplaire : les longères en pans de bois et une richesse en statues religieuses et vitraux exceptionnelle, dans l'histoire de l'humanité.


Sylvain Michon PNRFO © PNRFO